Rares sont les jeux à sentir autant l'artisanat, le fait maison, la madeleine de Proust. Comme une poterie imparfaite, légèrement cabossée et marquée de l'empreinte de ses créateurs, MIO Memories in Orbit est un jeu d'une tendresse inimaginable. On lui excusera volontiers ses quelques erreurs, qui relèvent presque d'une certaine naïveté finalement. MIO est bien trop beau, il nous embarque beaucoup trop facilement dans son univers pour qu'on le boude ne serait-ce qu'une seconde alors que lui-même n'aura pas autant de douceur à notre égard. Mais ce n'est pas grave, ça non plus on ne lui en veut pas. Au contraire, on en redemande.

MIO, le voyage d'un petit robot amnésique

Les premières apparitions de MIO n'ont peut-être pas généré autant de hype qu'un Hollow Knight Silksong, mais elles ont su capter la curiosité des joueurs les plus sensibles. Le jeu a un talent certain pour faire vibrer la moindre fibre artistique qui sommeille en chacun. Que ce soit par son visuel, dessiné à la main, ou sa bande-son, tout simplement superbe. On évolue dans un véritable tableau vivant et organique pendant plus d'une quinzaine d'heures sans avoir notion du temps qui passe pour peu que le genre soit le nôtre. Tout le monde n'est pas friand des metroidvania exigeants. MIO en est un, peut-être plus abordable qu'un Silksong, mais pas moins intéressant et certainement suffisamment exigeant pour que vous lâchiez quelques soupirs en marmonnant une grossièreté ou deux.

Ce petit robot animé dont on ne sait rien porte un lourd fardeau, celui de sauver tout un monde, une arche. Un désastre semble avoir frappé ses semblables, détruisant toutes les structures environnantes, ne laissant que la désolation. L'univers de MIO est, aux premiers abords, volontairement mystérieux pour ne pas dire cryptique. Il se laissera découvrir et décoder bien plus facilement que d'autres œuvres du genre, mais il vous demandera tout de même un peu de votre personne. Rien n'est réellement évident. Si la curiosité et l'observation vous font défaut, vous risquez de vous y perdre, dans tous les sens du terme. Que ce soit sur le plan narratif ou dans son monde tentaculaire que l'on prendra pourtant plaisir à explorer dans les moindres recoins. 

TEST MIO Memories in Orbit
©Jérémy.H "KiKiToès" pour Gameblog
C'est magnifique ! ©Jérémy.H "KiKiToès" pour Gameblog

Un metroidvania pur à l'exécution parfaite

Les chemins de traverse sont légion et les secrets très nombreux, tous sont habilement cachés et parfois difficiles à dénicher, au moins autant que les réponses aux questions de MIO qui semble tout avoir oublié. Une pirouette scénaristique plutôt facile pour lui faire réapprendre toutes ses capacités au fil de l'aventure, lors de la découverte d'un artefact, au détour d'une rencontre fortuite ou après avoir terrassé un adversaire redoutable. Elle ne paie pas de mine comme ça, mais MIO sait se défendre, elle ne sait simplement plus comment faire. 

Mais après plusieurs heures de jeu, notre amie robotique se transformera en véritable machine de guerre. Agile, robuste et capable de décimer des adversaires en groupe, la montée en puissance graduelle se fait ressentir et ça en devient grisant. Évidemment, chaque nouvelle capacité sera aussi l'occasion de découvrir de nouveaux secrets et passages dérobés, nous obligeant à rebrousser chemin le cas échéant. Pas d'arbre de compétences cela dit, MIO emprunte le système de puces à équiper de NieR Automata et lui pique d'ailleurs quelques idées, et une certaine poésie au passage.

En gérant nos améliorations, on pourra par exemple se faciliter la vie en affichant les barres de santé des adversaires ou en augmentant nos dégâts, mais aussi rendre l'aventure plus ardue en effaçant l'ATH par exemple. Certains choix devront être faits, MIO n'a pas beaucoup de bande-passante au départ, ce qui l'empêchera de s'équiper de tout ce qu'elle trouvera, mais ça s'améliorera avec le temps. 

MIO Memories in Orbit
©Jérémy.H "KiKiToès" pour Gameblog
Les phases de plateforme sont nombreuses ©Jérémy.H "KiKiToès" pour Gameblog

MIO est sublime, c'est du grand art

Heureusement d'ailleurs, puisque c'est bien en devenant plus forte que MIO pourra continuer sa quête. Certaines capacités, souvent innées, seront obligatoires pour déverrouiller des chemins autrement inaccessibles. L'aventure est donc finalement assez linéaire malgré tous les tours de passe-passe du level design pour nous faire penser le contraire. Mais si on se laisse prendre au jeu, on y voit que du feu et c'est tant mieux. On découvre petit à petit les environnements tous extrêmement variés, inspirés et dotés d'une patte artistique remarquable entre mille. C'est sublime, il n'y a pas une seule fausse note, si ce n'est quelques ralentissements en jouant sur Steam Deck éventuellement. 

Dommage, le nomade lui sied si bien. C'est typiquement le genre de jeu que l'on prend plaisir à grignoter en boule sous un plaid ou enfoui sous une couette. Mais malgré ses quelques écueils techniques, il n'y a rien à jeter. L'univers est magnifique, tout est fait main. Certains panoramas ressemblent à de véritables œuvres d'art, tantôt peintes de couleurs pastel, tantôt griffonnées pour apporter plus de textures et de dureté. On retrouve quelquefois la patte déjà présente sur Shady Part of Me et ça fonctionne à merveille et ce, peu importe le paysage. Que ce soit des jardins chaotiques et bucoliques, des entrailles mécaniques ou encore les structures prises dans les glaces.

On ne pourra que reprocher au jeu de parfois trop en faire. Certaines scènes sont si chargées en détails que la lisibilité en prend un coup. C'est parfait pour cacher des secrets, mais ça devient gênant lorsque l'on ne peut pas lire efficacement les patterns des ennemis par exemple. D'autant plus que le jeu ne pardonne pas. 

MIO est vraiment splendide, certains panoramas sont de vraies œuvres d'art ©Jérémy.H "KiKiToès" pour Gameblog

MIO cache bien son jeu, la difficulté est légèrement relevée

MIO est tout sauf une promenade de santé, avec ou sans les options d'accessibilité d'ailleurs. Les adversaires sont relativement variés à défaut d'être très nombreux. Le bestiaire aura tendance à se répéter et aura du mal à nous surprendre, d'autant que l'on croisera un grand nombre d'adversaires. 

Heureusement les affrontements sont dynamiques et les ennemis sont tous dotés de capacités uniques et souvent dévastatrices. Le menu fretin attaque régulièrement en groupe et grignote nos points de vie avant qu'un adversaire plus coriace vienne nous donner le coup de grâce. Les checkpoints permettant de reprendre des points de vie sont en prime assez espacés et les soins ne sont pas gratuits. On ne pourra retrouver notre barre de vie qu'en échange de Nacre, une ressource bonne à tout faire qu'il faudra donc gérer intelligemment. Autant vous dire qu'il faudra la jouer fine et ne pas avoir peur de recommencer certains passages ardus, ou les affrontements de boss. 

Avec plus d'une quinzaine de gros ennemis à vaincre, MIO ne nous ménagera pas et va surtout satisfaire les amateurs de challenge. Les combats de boss sont plutôt intéressants et intenses, dans la droite lignée de ce que propose le reste de l'aventure. Il n'y a donc pas de pic de difficulté majeur, ce qui arrive pourtant souvent, mais plutôt une tension permanente, témoin d'un très bon équilibrage, ce qui facilite l'apprentissage des mécaniques de jeu et un vrai sentiment de réussite.

MIO TEST PC Jeremy.H KiKitoes pour Gameblog
Certains endroits sont pris dans la glace, l'occasion pour MIO de faire un peu de patinage ©Jérémy.H "KiKiToès" pour Gameblog

De la plateforme comme on en voit que trop rarement

Outre les combats, MIO vous demandera pas mal de réflexes durant ses phases de plateforme. Heureusement plus précises que sur un Hollow Knight Silksong, ces séquences vous demanderont parfois d'enchaîner des actions dans un laps de temps très limité. Il est parfois nécessaire de se balancer d'ancre en ancre sans toucher une paroi, puis de jongler entre les sauts et les frappes pour se maintenir dans les airs. Là encore, une fois réussie, c'est grisant à souhait, mais il faudra parfois avoir les nerfs bien accrochés, surtout en utilisant le grappin qui demandera parfois une précision chirurgicale pour ne pas se rater. MIO sera donc parfois frustrant, mais jamais trop. Rien de fondamentalement rédhibitoire donc, bien que les moins patients d'entre vous risquent de pester de temps en temps.

MIO Test
Un peu de repos bien mérité, c'est ici aussi que l'on gère ses améliorations ©Jérémy.H "KiKiToès" pour Gameblog

L'habit ne fait pas le moine. Mio nous charme avec sa plastique mais aussi une bande-son remarquable faite de morceaux qui peuvent aussi bien pousser à la contemplation que rythmer un combat d'une envolée épique. La musique est elle aussi une touche-à-tout sans en oublier sa propre identité. On ne s'en souviendra certainement pas autant que celle de Clair Obscur Expedition 33, mais elle nous accompagne merveilleusement bien et permet à MIO de sortir du lot. 

C'est d'ailleurs davantage par son enrobage que le jeu brille de toute son âme. Si l'exécution du gameplay est au demeurant impeccable, elle reste moins inspirée que tout le reste. Il y a une sorte de dissonance entre ce que l'on voit et ce à quoi on joue. On sent que le jeu aurait pu aller plus loin, il l'aurait certainement mérité et on espère que ce petit défaut sera gommé dans une suite ou une nouvelle œuvre de ce studio français que l'on vous recommande chaudement de surveiller de très près.

MIO
©Jérémy.H "KiKiToès" pour Gameblog